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August, 2006 UN COUP DE BOULE PLANETAIREUN COUP DE BOULE PLANETAIRE
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Il y a une différence considérable entre gagner une Coupe du monde et la perdre, entre l'équipe qui remporte les quatre derniers matchs de son Mondial et celle qui n'en ramasse que trois. Où va se nicher cette différence ? Hier, pour la deuxième fois de l'histoire après la finale Brésil-Italie de 1994, une finale mondiale s'est jouée aux tirs au but. David Trezeguet a écrasé le sien sur la barre transversale. Et les Bleus sont tombés, à l'Olympiastadion de Berlin (5-3 aux tirs au but, 1-1 durant le temps réglementaire) face à une excellente Italie. Sans Zidane, justement expulsé à la 110e pour un phénoménal coup de tronche - ce sera le dernier geste que l'on verra de lui sur un terrain de football- sur Marco Materazzi, qui l'avait sans doute provoqué.
Il y a quelque chose de terrible dans le verdict général de la soirée, parce que les Bleus ont dominé la finale de Berlin. Comme ils avaient dominé - et dans les mêmes proportions, c'est dire - l'Espagne en huitième, le Brésil en quart et le Portugal en demi. Manquait l'Italie. Un véritable revival puisque toutes les stations - on ajoutera la Corée du Sud et la Suisse - allemandes avaient marqué l'histoire récente des Bleus avant le début de ce Mondial. Cette histoire de revival, on l'a sentie présente à l'esprit des Italiens d'entrée de jeu. L'entrée des Bleus dans le grand monde, c'est le quart de finale de la Coupe du monde 1998 et les Italiens, merci pour eux, sont au courant : ce sont eux qui s'étaient fait sortir aux tirs au but, à la suite d'un match complètement fermé (0-0). Ça n'a pas commencé dans le suave, avec un tampon du capitaine italien Fabio Cannavaro sur un Thierry Henry complètement relâché, car assez loin du ballon (2e). Comme Zambrotta va au carton (jaune) sur Patrick Vieira (5e), on se dit que les Italiens ont choisi de jouer un truc un peu hardcore, que les Bleus vont souffrir dans leur chair, mais les Transalpins s'emballent : Marco Materazzi fait l'avion devant Florent Malouda, le Guyanais s'étale, ça se passe dans la surface et l'arbitre argentin siffle une mazurka. A ce niveau, tirer un péno en feuille morte (on spécule sur l'anticipation du gardien pour placer une frappe de moineau plein centre) est insensé. Mais Zinédine Zidane est insensé. Sa Panenka tape sous la barre transversale, retombe derrière la ligne et l'arbitre met les Bleus aux commandes sans hésitation (1-0, 7e). En principe, c'est le petit Jésus en culotte de velours. Concrètement, l'équipe de France a de gros problèmes, et qu'on ne vienne pas nous dire que l'Italie ne sait pas attaquer : prise des intervalles, domination écrasante de leur avant-centre Luca Toni dans le jeu de remise, course des latéraux sur les côtésŠ L'Italie, hé oui !, déroule. Donc, Materazzi met la tête plus haut que Vieira sur un corner et remet son équipe d'aplomb (1-1, 19e). La maîtrise italienne est, à cet instant, absolument totale. Andrea Pirlo cornaque ses hommes comme s'il s'agissait de marionnettes, faisant reculer celui-ci, poussant à l'inverse celui-là. Il y a pire : ces lignes défensives qui donnent du mou sans en donner et cassent les courses offensives des Tricolores. Sinon, Franck Ribéry se fait déblayer à chaque fois qu'il a le malheur d'approcher un ballon. On arrive à la pause et on se dit que les Bleus sont moins forts, qu'il faut une invasion de sauterelles pour que l'on remette ça un autre jour. Pas possible. Donc, les Bleus y vont. C'est là que l'on vit leur vrai visage et comme on voyait encore clairement celui de l'Italie, ce fut magnifique. Cette équipe de France ne gagne pas les matchs en plaçant un petit contre de rien du tout ou en envoyant du gabarit pour gober un coup de pied arrêté, non, elle prend le terrain pied à pied, respire le match, se donne corps et âme pour le dominer, rebondit sur les costauds d'en face et essaye encore. On va comme ça jusqu'aux prolongations et les joueurs italiens, qui ne sont pas du genre à s'illusionner à propos de ce qui se passe sur le terrain quand ils sont concernés, lâchent l'affaire. On attend. Les pénos. C'est d'autant plus simple que Zidane met son coup de tronche (110e), dans le dos de l'arbitre argentin Horacio Elizondo sauf que l'un de ses assistants a vu ce qui se passait. On arrive tranquillement à la 120e, sans qu'aucune des deux équipes n'en fasse un casus belli. Les tirs au but, c'est un truc à part. On se plaint, on parle de «loterie» mais bon, avant ça, ça se jouait vraiment à pile ou face. Un penalty, au moins, ça reste un geste technique, un fait de jeu. On n'a pas senti Trezeguet quand il s'approchait vers le ballon, et il a énormément souffert de sa condition de remplaçant durant le Mondial. Les Italiens ont fait 5 sur 5. Voilà. Le défenseur italien Marco Materazzi a confié au journal sportif la Gazzetta dello Sport, dans son édition de mardi, qu’il avait effectivement insulté Zidane avant son expulsion. "J'ai tenu son maillot pendant quelques secondes seulement, il s'est tourné vers moi, il m'a parlé en raillant, il m'a regardé avec arrogance, de haut en bas: «si vraiment tu veux mon maillot, je te le donnerai après». Je lui ai répondu avec une insulte, c'est vrai". Le joueur de l’Inter Milan a en revanche nié avoir traité Zidane de terroriste ou insulté sa mère. "Je n'ai certainement pas mis en cause non plus la maman de Zidane, pour moi, la maman est sacrée." Les journaux italiens rapportent d’ailleurs que Materazzi a perdu sa mère à l’âge de 14 ans et qu’il est peu probable qu’il ait tenu de tels propos. Le champion du monde ne précise pas pour autant ce qu’il a dit au Français : "c’est une insulte de celles qu'on s'entend dire des dizaines de fois et qui nous échappent souvent sur le terrain." On attend maintenant la version de Zizou pour élucider définitivement cet incident. Après que Marco Materazzi ait donné sa version des faits dans la presse italienne, il est temps que Zinedine Zidane viennent s’expliquer, ce mercredi à 20h00 sur Canal Plus. Car force est de constater que l’information devient l’autre grande perdante dans cette histoire. Le quotidien régional La Provence a ainsi démenti ce matin la rumeur qui évoquait l’état de santé de la mère de Zizou, Malika Zidane. Si elle a effectivement été hospitaliséé samedi dernier, ce n’est que pour un léger malaise. Aujourd’hui, elle "va très bien" rapporte La Provence. Dans ces conditions, la version d’un Materazzi qui aurait insulté la mère de Zidane, provoquant la colère du Français est-elle encore crédible ? Par ailleurs, les commentaires qui fleurissent depuis dimanche soir sur les raisons du coup de boule ne reposent que sur des interprétations invérifiables. Aucun micro placé autour du terrain n’a capté la discussion entre les deux joueurs et ce sont pour l’instant des spécialistes en lecture labiale qui tentent de les décrypter. Entre ceux qui évoquent des insultes sur sa mère ou sur sa sœur à qui se fier ? Les retranscriptions des propos supposés diffèrent tellement qu’on peut s’interroger sur la fiabilité de ce type d’expertise. Le Times rapportait ainsi cette phrase : "On sait tous que tu es le fils d’une pute terroriste". Information notamment reprise par le journal espagnol Marca (voir illustration). Mais l’analyse de nouvelles images obtenues via une caméra isolée donne, selon L’Equipe, ceci : "Hé, le phénomène […] va te faire enc…" Pour rappel, les experts de la chaîne brésilienne El Globo avaient, eux, conclu que Materazzi avait traité la sœur de Zidane de "prostituée". Devant une telle cacophonie, il faut donc rester mesuré et arrêter de s’enflammer sur du vent. Une dépêche de l’AFP, tombée hier, livrait ainsi un éclairage très intéressant sur la lecture labiale. La spécialiste engagée par le Times, Jessica Rees, la plus reconnue en la matière au Royaume-Uni, affiche 36 ans d’expérience et de collaboration avec la justice et la police. Régulièrement utilisée par Scotland Yard dans des affaires criminelles, elle s’est toutefois tristement illustrée en 2003. Sur la foi de son expertise, un rappeur du collectif anglais So Solid Crew avait purgé quatre mois de prison pour une sombre histoire de trafic de drogue et de possession d’arme avant d’être libéré. Autant dire que les médias font sans doute beaucoup de bruit pour rien. Lilian Thuram lui-même avait déclaré dans un premier temps que les propos de Materazzi ne contenaient pas de connotations racistes. Il a répété mardi que ce n’était "pas le plus important" et que Zidane était "tombé dans le piège des joueurs italiens". Voilà la posture à prendre en attendant de savoir vraiment ce qui s’est dit. . Comments (1)
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